L

e vaisseau sur lequel Thésée s'était embarqué avec les autres jeunes gens, et qu'il ramena heureusement à Athènes, était une galère à trente rames, que les Athéniens conservèrent jusqu'au temps de Démétrios de Phalère. Ils en ôtaient les vieilles pièces, à mesure qu'elles se gâtaient, et les remplaçaient par des neuves qu'ils joignaient solidement aux anciennes. Aussi les philosophes, en se disputant sur ce genre de sophisme qu'ils appellent croissant, citent ce vaisseau comme un exemple de doute, et soutiennent les uns que c'était toujours le même, les autres que c'était un vaisseau différent. 

Plutarque,Vie de Thésée.

Note : Thésée, a remporté le combat contre le Minotaure.


 Exercice :
 Préliminaires
  *   Repères  *  
 Vocabulaire       Comparons : 

 

Troll pour sophiste amateur de polémiques ou puzzle définitivement impossible?

Il s’agit, ici, d’une expérience de pensée (et non pas d’une démonstration). Essai pour trouver une solution à un problème de nature paradoxale. On s’appuie principalement sur les ressources de l’imagination, L’hypothèse constitue le point de départ. On analyse ensuite ce qui n’est pas logiquement recevable ou qui contredit les lois mêmes de la nature. On s’efforce de mesurer la validité de l’hypothèse.

Le bateau de Thésée fait l’objet d’une attentive conservation. Les planches qui le constituent sont remplacées avec le plus grand soin dès qu’elles ont atteint un certain degré d’usure. Les réparations s’effectuent de manière continue. Imaginons que la totalité des planches d’origine aient été changées.

Est-ce alors le même bateau ?

A supposer que la toute dernière pièce ait été remplacée (hypothèse N°1) on pourrait considérer que nous sommes en présence d’un autre bateau compte tenu de constituants différents.

On pourrait tout autant considérer qu’il s’agit du même bateau en arguant d’une continuité spatio-temporelle.

Autre hypothèse énoncée par Hobbes (De Corpore, III, 11) : les planches usées sont  entreposées au fur et à mesure pour être assemblées plus tard, ailleurs.

Le problème est le suivant : ou bien le bateau réparé est toujours celui de Thésée ou bien c’est celui entièrement reconstruit avec les planches d’origine ?

S’agit-il du même bateau ? Dans ce cas de figure (hypothèse N°2), l’énigme devient paradoxe. Peut-on, en effet, soutenir que le bateau soigneusement entretenu et celui qui a été reconstitué plus tard et, en un autre endroit, se trouvent dans des espaces-temps différents. Ceci est totalement impossible.

Nous devons donc distinguer plusieurs formes d’identité :

1. L’identité qualitative : on tient compte des constituants. Ceux-ci ont les mêmes propriétés.

2. L’identité numérique (celle que tel ou tel objet entretient avec lui-même à la fois à un moment donné et à travers le temps)

a) on se réfère à la continuité dans l’espace et dans le temps. Le bateau d’origine et le bateau réparé constituent de manière bien distincte une même extension spatio-temporelle.

b) le bateau continûment rénové et le bateau reconstruit (imaginé par Hobbes) partagent une même portion de l’espace et du temps.

La réponse au problème peut se formuler ainsi :

Le bateau qui a été rénové est bien le bateau de Thésée (antérieurement à toute réparation). On parlera alors d’identité numérique.

Le bateau reconstitué à partir des matériaux d’origine est bien le bateau de Thésée (antérieurement à toute réparation). Mais, dans ce cas on parlera d’identité qualitative.

 

Identité du sujet


Peut-on s’en tenir à la seule équation : conscience = pensée ? Notre être même est-il réductible à la conscience que nous en avons ? Ce que nous ignorons de nous-même ne doit-il pas également être pris en compte ? Ne devons-nous pas distinguer différents états psychiques ?

 

Nous avons conscience d’être le même tout au long de notre vie malgré le grand nombre de changements qui nous affectent..Nous pouvons sans interruption saisir cette identité personnelle à travers le temps et l’espace. Le rapport de soi à soi témoigne de cette conscience vigile. Etre au contraire « hors de soi » tend à annuler ce rapport. ; à mettre entre parenthèse toute pensée.

Nous avons un sentiment d’unicité et d’indivisibilité. Le point de vue d’autrui n’est-il pas, tout autant, constitutif ?