Commentaire de texte

           

           Si en effet, Socrate, tu veux bien faire réflexion sur le sens de cette expression punir les méchants, cela suffira pour te convaincre que les hommes regardent la vertu comme une chose qu’on peut acquérir ; personne en effet ne punit un homme injuste par la simple considération et le simple motif qu’il a commis une injustice, à moins qu’il ne punisse à l’aveugle, comme une bête féroce ; mais celui qui veut punir judicieusement ne punit pas à cause de l’injustice, qui est chose passée, car il ne saurait faire que ce qui est fait ne soit pas fait ; mais il punit en vue de l’avenir, afin que le coupable ne retombe plus dans l’injustice et que son châtiment retienne ceux qui en sont les témoins. Penser ainsi, c’est penser que la vertu peut être enseignée, puisque le châtiment a pour but de détourner du vice. Telle est l’opinion de tous ceux qui punissent en leur nom et au nom de l’État.

 

Platon, Protagoras.

 

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.



Dissertation élève

 

           Le problème est le suivant : la vertu peut-elle être enseignée ? Elle peut l’être ; c’est la thèse de l’interlocuteur de Socrate. Ce qui est justifié par le fait que l’on punit généralement un homme afin qu’il ne commette plus les mêmes fautes.

           Peut-on affirmer, au contraire, que la vertu est avant tout quelque chose d’inné ? Le châtiment, lui-même, ne peut-il pas avoir un effet inverse sur le coupable ? A-t-on vraiment la capacité de punir judicieusement ? D’autres méthodes que le châtiment sont-elles envisageables ? Et comment pouvons-nous définir une vie vertueuse ?

           Reste à savoir si punir se révèle, dans tous les cas, bénéfique et si la vertu relève de l’éducation 

           Il s’agit maintenant d’expliquer le passage où l’interlocuteur de Socrate intervient en insistant sur le recours à la raison pour « punir les méchants ». Acquérir la vertu est, pour lui, une chose possible. La vertu peut être définie, ici, comme une disposition à accomplir le bien ; à réaliser un acte éminemment moral. Ce recours à la raison est suffisant (« cela suffira »).

           Autre élément à prendre en compte : personne ne punit un homme injuste en s’appuyant strictement sur ce qui a été commis. En effet, l’injustice s’enracine dans un désaccord des parties de l’âme. Il y a conflit entre la raison, la colère et le désir. En outre, celui qui ne s’en tiendrait qu’à l’exaction se comporterait comme une bête sauvage ! (« féroce », c’est-à-dire dénuée de raison).

           Ceci peut surprendre mais en réalité celui qui punit ne le fait pas uniquement pour l’injustice commise. Si le châtiment renvoie exclusivement à des actes passés, cela est sans « gain » pour le présent. Il convient donc de faire en sorte que cela soit avantageux pour le futur. L’homme ne peut, il est vrai, influer sur ce passé (sur ce qui c’est effectivement produit).

           Ainsi dès lors que l’homme punit, il le fait dans un but préventif. Le châtiment doit être non seulement profitable pour l’injuste mais doit aussi apporter aux témoins du châtiment. Si nous voulons que l’homme prenne conscience du mal perpétué, il doit pour cela être justement puni. On ne peut qu’acquiescer à une telle démonstration qui vise à montrer que la vertu est étroitement liée à l’éducation. Autrement dit, le châtiment est fait pour nous détourner du vice. Nous nuancerons néanmoins (dans une seconde partie) cette idée. Tous ceux qui punissent « en leur nom et au nom de l’Etat » en sont convaincus. La punition au sein de la famille ou infligée par les juges est dans cette optique tout à fait fondée.

           Examinons les limites de cette thèse. Prenons le cas d’une vengeance. Si quelqu’un se venge d’une injustice qui lui a été faite, une "justice personnelle" a bien été rendue mais on ne peut pas, pour autant, avoir l’espérance que le responsable de l’injustice (du mal commis) ne recommencera pas. Seul le châtiment légal peut servir de modèle.

           Mais est-ce dire que les pays qui appliquent la peine de mort ne croient pas à l’apprentissage de la vertu ? Et que la vie sage reste assez inaccessible ? Eduquer à la vertu pourrait être considéré comme une chose bien utopique.

           Pour une famille, qu’un coupable soit jugé et punit (par exemple pour un viol) peut être libérateur. La plupart du temps, il n’en reste pas moins, que seul ce qui s’est passé est pris en compte ; la dimension préventive de la peine est quelque peu oubliée. Pour beaucoup de victimes, il est très souvent difficile de se détacher du mal commis. Cependant, le coupable est avant tout châtié « en vue de l’avenir ». N’est-ce pas le seul moyen pour remettre un certain nombre d’individus dans le droit chemin. Il y a-t-il d’autres moyens pour qu’ils puissent saisir toute la portée de leurs fautes ? De quoi disposons-nous pour qu’ils puissent se rendre compte qu’ils nuisaient « à la société » , qu’ils troublaient le bien-être de ses membres ?

           Si nous voulons que la justice soit efficace, il faut qu’elle soit correctement instituée. Pour que la sentence soit profitable encore faut-il que ce pouvoir de rendre la justice s’exerce en vue de l’intérêt général.

           Revenons au terme même de vertu. Celle-ci est l’objet de controverses. On se rappelle que dans Le Gorgias de Platon, Calliclès prône la vie de plaisirs, l’assouvissement du plus grand nombre de désirs et, par là, de l’intempérance. Socrate, pour sa part, fait l’éloge de la raison et de la maîtrise de soi. Deux modes de vie, ici, s’opposent : l’un se base sur l’attitude philosophique et l’autre sur l’usage immodéré de la rhétorique.

           Mais si l’on pense que la vertu peut être enseignée, il est nécessaire pour cela de mettre en place un programme d’éducation appropriée. Et, comme le souligne le sens commun, ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ? Il est toujours préférable d’éduquer à la vertu que de soumettre l’homme au châtiment. Il est possible de retrouver les disciplines suggérées par Platon et qui concourent à l’élévation de l’esprit. Pour l’éducation élémentaire : la musique, la poésie, la gymnastique. Pour l’éducation scientifique : les mathématiques, l’astronomie (science de l’harmonie), l’initiation à la dialectique et à l’action pratique au cœur de la Cité. Tout ceci doit permettre de rompre avec nos inclinations naturelles les plus basses.

           On retrouve, chez Hobbes, cette préoccupation. Comment faire évoluer l’homme en vue de l’intérêt commun. Seul, nous dit-il, une convention ou un pacte d’association peut nous permettre d’en finir avec la vie bestiale. Pour bien punir, le pouvoir doit être par essence coercitif. C’est seulement dans le cadre d’un État-Léviathan que l’homme pourra devenir plus vertueux.

           L’idéalisme platonicien se dévoile dans ce texte. Rappel : nul ne saurait être méchant volontairement. La vertu, et plus généralement la morale ne peuvent être dissociées de l’ordre du savoir. Sans aller jusqu’à dire que l’injustice traduit toujours un manque de savoir , il est possible d’affirmer que la vertu n’est pas quelque chose qui advient par hasard. Plus les vraies valeurs seront inculquée tôt et meilleur (plus accompli) sera l’homme. Seule « une bonne éducation » peut conduire l’homme, dans la plupart des cas, à s’éprendre de la justice

 

H.C TS

    

13-14/20

Observations: Des efforts pour saisir le texte et mettre la thèse de l'auteur en perspective.

Une étude ordonnée recevable. Des enchaînements qui restent toutefois à travailler dans la 2ème et 3ème partie.